Random Access Memories : critique

Random Access Memories : critique

Daft Punk

Après des semaines d’attente insupportable rythmées par une communication au compte-goutte, des remixes de Get Lucky par centaines et la fuite intégrale de l’album avant sa sortie, Random Access Memories, le dernier Daft Punk, est officiellement disponible.

Un album funky ?

Le teaser puis le radio edit du seul morceau (officiellement) proposé au public, Get Lucky, promettait un album très funk. Avec des rythmiques de guitare très 70’s qui rappellent celles de Nile Rodgers avec Chicune batterie très en retrait et la mise en avant de la voix aiguë de Pharell Williams, on voyait déjà Daft Punk dans un registre complètement différent. Exit le vocodeur et les longues lignes de percussions : moins d’électro et de robots, plus d’instruments “classiques” et d’humain.

Alors oui, Get Lucky est répétitive mais elle est entraînante, joyeuse et donne furieusement envie de se déhancher. Beaucoup l’ont critiqué de chanson “grand public”, “mainstream” comme si la qualité ne pouvait s’allier à la popularité.

Bref, Get Lucky annonçait un album très pop, très funk voire disco. J’attendais donc Random Access Memories comme une sorte de pépite qui pourrait concilier de façon presque magique la dance, la funk et la disco dans un style unique propre à Daft Punk.

 

Une légère déception, un album bordélique

Malheureusement, je n’ai pas eu droit au chef-d’oeuvre tant attendu, et à juste titre. Ou plutôt, je n’ai pas eu droit à ce que Get Lucky promettait. Alors bien sûr déception il y a, mais il ne faut pas pour autant cracher sur cet album à s’en arracher les amygdales.

La première écoute de Random Access Memories donne l’impression d’un album quelque peu bordélique. Excusez l’expression mais les morceaux s’enchaînent sans réelle transition. Il n’y a pas de cohérence entre toutes les pistes : l’intro au piano de Within n’a rien, mais alors RIEN à voir avec Giorgio by Moroder qui précède. Prenez aussi Contact et Lose Yourself to Dance, aucun rapport. Alors que Homework, Discovery et Human After All avaient tous un fil conducteur qui permettait d’apprécier des albums homogènes.

Random Access Memories s’affiche donc comme un album fourre-tout, sans continuité, composé de morceaux qui n’ont pas de réels liens entre eux.


Daft Punk Giovanni Giorgio

Funk, Pop et French Touch

Mais concentrons-nous plutôt sur les morceaux en les prenant en dehors de l’album (j’espère que vous m’avez compris). Parce qu’en général ils sont bien réussis. Plus on écoute Random Access Memories plus on apprécie les morceaux; certains sont très subtils. Pour faciliter un peu les choses je vais essayer de les rassembler selon leurs ressemblances du mieux que je peux.

  • Get Lucky, Lose Yourself to Dance et Give Life Back to Music sont les plus funky, les plus disco et sûrement les plus adaptés au dancefloor. Ces morceaux sont très éloignés du genre original de Daft Punk, Homework semble très loin. Beaucoup ont critiqué un certain “abandon” de la touche particulière du groupe français et même si je suis en partie d’accord avec eux je leur répondrai que l’évolution vers un nouveau style était nécessaire. Néanmoins il est vrai que la rupture amorcée par ces morceaux est brutale et pas très propre.

  • Instant Crush et Fragments of Time sont les plus pop, ceux qui donnent la plus grande importance aux vocals. Cependant la voix vocodée d’Instant Crush contraste avec celle de Fragments of Time, très légère et sans effets.

  • Within, Touch, The Game of Love (et Beyond) sont à la fois les plus tranquilles et les plus décevants. Daft Punk utilise encore le vocodeur mais beaucoup moins bien que dans les albums précédents.

  • Giorgio by Moroder et Contact sont, à mon avis, les plus réussis et les plus fidèles à la Daft Punk touch. Les deux sont longs et progressifs, les rythmes et les harmonies s’installent progressivement, les percussions sont claires. La montée des aigus et le drop net et propre à la fin de Contact rappellent les meilleurs morceaux de l’excellentissime album live Alive 2007.

 

L’absence de continuité ou de liens entre les morceaux, beaucoup trop divers pour pouvoir constituer un album homogène, est le principal défaut de Random Access Memories. Et l’omniprésence du vocodeur trop souvent mal dosé gâche quelques morceaux. Cet album n’est donc pas le chef-d’oeuvre espéré mais propose néanmoins de très bons morceaux. Alors que Contact et Giorgio by Moroder remonteront le moral des fans de la première heure, Get Lucky ou Lose Yourself to Dance remplaceront les purges musicales estivales par de la bonne électro. Finalement, je placerai Random Access Memories en avant-dernier dans la discographie Daft Punk.

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